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D'autres Premières Lignes ...


Mais la Première Ligne c'est aussi - d'abord - celle d'une histoire, d'un livre. Amoureux des mots, cette page est l'occasion de partager d'autres premières lignes.



  • Evangile selon Saint Jean. Au commencement du commencement.

Au commencement était le Verbe. Et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.


  • Eloge de la FolieErasme (1509). Un peu de Folie.

Quels que soient les propos que le monde tienne sur mon compte (car je n’ignore pas combien la Folie est mal famée, même auprès des plus fous), il n’est pas moins vrai que c’est moi, oui, moi seule, qui ai le secret d’égayer les dieux et les hommes. Ce qui le prouve hautement, c’est qu’à peine ai-je paru au milieu de cette nombreuse assemblée pour prendre la parole, une gaieté vive et extraordinaire a brillé sur toutes les figures. Soudain vos fronts se sont déridés ; vous avez applaudi par des rires si aimables et si joyeux qu’assurément, tous tant que vous êtes, vous me paraissez ivres du nectar des dieux d’Homère, mélangé de népanthès, tandis que tout à l’heure, sombres et soucieux sur vos bancs, on vous eût pris pour des échappés de l’antre de Trophonius.


  • Lettres persanesMontesquieu (1754). Pour vivre heureux, vivons cachés.

Je ne fais point ici d'épître dédicatoire, et je ne demande point de protection pour ce livre: on le lira, s'il est bon; et, s'il est mauvais, je ne me soucie pas qu'on le lise. J'ai détaché ces premières lettres, pour essayer le goût du public: j'en ai un grand nombre d'autres dans mon portefeuille, que je pourrai lui donner dans la suite. Mais c'est à condition que je ne serai pas connu: car, si l'on vient à savoir mon nom, dès ce moment je me tais. Je connois une femme qui marche assez bien, mais qui boite dès qu'on la regarde. C'est assez des défauts de l'ouvrage, sans que je présente encore à la critique ceux de ma personne. Si l'on savoit qui je suis, on diroit: Son livre jure avec son caractère, il devroit employer son temps à quelque chose de mieux, cela n'est pas digne d'un homme grave. Les critiques ne manquent jamais ces sortes de réflexions, parce qu'on les peut faire sans essayer beaucoup son esprit.


  • De l’esprit des loisMontesquieu (1758). Captatio benevolentiæ.

Si, dans le nombre infini de choses qui sont dans ce livre, il y en avait quelqu'une qui, contre mon attente, pût offenser, il n'y en a pas du moins qui y ait été mise avec mauvaise intention. Je n'ai point naturellement l'esprit désapprobateur. Platon remer¬ciait le ciel de ce qu'il était né du temps de Socrate ; et moi, je lui rends grâces de ce qu'il m'a fait naître dans le gouvernement où je vis, et de ce qu'il a voulu que j'obéisse à ceux qu'il m'a fait aimer. Je demande une grâce que je crains qu'on ne m'accorde pas: c'est de ne pas juger, par la lecture d'un moment, d'un travail de vingt années; d'approuver ou de condam¬ner le livre entier, et non pas quelques phrases. Si l'on veut chercher le dessein de l'auteur, on ne le peut bien découvrir que dans le dessein de l'ouvrage. J'ai d'abord examiné les hommes, et j'ai cru que, dans cette infinie diversité de lois et de mœurs, ils n'étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies.


  • Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789). Pour mémoire.

Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, et au bonheur de tous. En conséquence, l’Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être Suprême, les droits suivants de l’homme et du citoyen.


  • Voyage autour de ma chambreXavier de Maistre (1794). Invitation au voyage.

Qu'il est glorieux d'ouvrir une nouvelle carrière, et de paraître tout-à-coup dans le monde savant, un livre de découvertes à la main, comme une comète inattendue étincelle dans l'espace! Non, je ne tiendrai plus mon livre in petto; le voilà, messieurs, lisez. J'ai entrepris et exécuté un voyage de quarante-deux jours autour de ma chambre. Les observations intéressantes que j'ai faites, et le plaisir continuel que j'ai éprouvé le long du chemin, me faisaient désirer de le rendre public; la certitude d'être utile m'y a décidé. Mon cœur éprouve une satisfaction inexprimable lorsque je pense au nombre infini de malheureux auxquels j'offre une ressource assurée contre l'ennui, et un adoucissement aux maux qu'ils endurent. Le plaisir qu'on trouve à voyager dans sa chambre est à l'abri de la jalousie inquiète des hommes; il est indépendant de la fortune. Est-il en effet d'être assez malheureux, assez abandonné, pour n'avoir pas un réduit où il puisse se retirer et se cacher à tout le monde? Voilà tous les apprêts du voyage. Je suis sûr que tout homme sensé adoptera mon système, de quelque caractère qu'il puisse être, et quel que soit son tempérament; qu'il soit avare ou prodigue, riche ou pauvre, jeune ou vieux, né sous la zone torride ou près du pôle, il peut voyager comme moi; enfin, dans l'immense famille des hommes qui fourmillent sur la surface de la terre, il n'en est pas un seul;—non, pas un seul (j'entends de ceux qui habitent des chambres) qui puisse, après avoir lu ce livre, refuser son approbation à la nouvelle manière de voyager que j'introduis dans le monde.


  • Les Chants de MaldororIsidore Ducasse, comte de Lautréamont (1870). On vous aura prévenu.

Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu’il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ; car, à moins qu’il n’apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l’eau le sucre. Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant. 


  • CrainquebilleAnatole France (1901). De la majesté de la justice.

La majesté de la justice réside tout entière dans chaque sentence rendue par le juge au nom du peuple souverain. Jérôme Crainquebille, marchand ambulant, connut combien la loi est auguste, quand il fut traduit en police correctionnelle pour outrage à un agent de la force publique. Ayant pris place, dans la salle magnifique et sombre, sur le banc des accusés, il vit les juges, les greffiers, les avocats en robe, l'huissier portant la chaîne, les gendarmes et, derrière une cloison, les têtes nues des spectateurs silencieux. Et il se vit lui-même assis sur un siège élevé, comme si de paraître devant des magistrats l'accusé lui-même en recevait un funeste honneur. 


  • Le ProcèsFranz Kafka (1925). Si seulement Joseph avait eu les coordonnées de Première Ligne ...

On avait sûrement calomnié Joseph K., car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin. 


  • Thérèse Desqueyroux François Mauriac (1927). Non lieu, sans joie.

L’avocat ouvrit une porte. Thérèse Desqueyroux, dans ce couloir dérobé du Palais de Justice, sentit sur sa face la brume et, profondément, l’aspira. Elle avait peur d’être attendue, hésitait à sortir. Un homme, dont le col était relevé, se détacha d’un platane ; elle reconnut son père. L’avocat cria : « Non-lieu » et, se retournant vers Thérèse  Vous pouvez sortir : il n’y a personne.


  • Bilbo le hobbit, J.R.R. Tolkien (1937). Ou du bonheur de vivre dans un trou.
  • Dans un trou vivait un hobbit. Ce n'était pas un trou déplaisant, sale et humide, rempli de bouts de vers et d'une atmosphère suintante, non plus qu'un trou sec, nu, sablonneux, sans rien pour s'asseoir ni sur quoi manger : c'était un trou de hobbit, ce qui implique un certain confort.


  • Le Tour du malheur, Joseph Kessel (Avant-propos. Les presque premières lignes) (1950). Le mythe de l'âge d'or.
  • Les excès que j'ai peints ont été ceux d'une époque, d'une société, d'une génération qui passent aujourd'hui pour heureuses. Mais en ces temps on enviait les années 1900. Et en 1900 je sais que l'on regrettait le Second Empire. Et sous Napoléon III, sans doute Napoléon Ier. Et alors l'Ancien Régime. De sorte que l'on pourrait finir par voir dans les cavernes l'asile véritable de la félicité humaine ...




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